Rapport Levy & Tuot sur le photovoltaïque

Publié le 10 avril 2026 à 16:17

Le rapport de M. Jean-Bernard LEVY (ancien PDG d'EDF) et M. Thierry TUOT (Président de la section de l’intérieur du Conseil d'Etat et ex-directeur de la CRE) fait 45 recommandations sur les Energies Renouvelables dont certaines concernent et impactent directement le photovoltaïque

Quelques données

Répartition des puissances photovoltaïques en France

                                                      Source SDES

Actuellement, la puissance totale du parc photovoltaïque installée est de 28.8 GW

On constate que le "petit photovoltaïque" (pour les particuliers) représente plus de 90% des installations mais que la part des puissances installées est très faible. Ces installations sont réparties sur l'ensemble du territoire et ont essentiellement comme but de faire de l'autoconsommation individuelle afin de réduire les factures d'électricité

Les installations plus puissantes sont nettement moins nombreuses mais participent de manière importante à la production d'électricité. Ces installations ont été réalisées majoritairement dans la partie sud de la France (ensoleillement plus important) mais aussi sur le reste du territoire ce qui a comme vertu des productions décentralisées versus les 18 centrales nucléaires installées en bordure de fleuve ou de mer pour refroidir les réacteurs. On a d'ailleurs pu constater qu "En raison des prévisions de températures élevées du Rhône, des restrictions de production sont susceptibles d'affecter le parc de production nucléaire d'EDF à partir du lundi 23 juin (2025), et plus particulièrement le site de Bugey" (Ain), annonce d'EDF ; pendant cette période de canicule, amenée à se reproduire de plus en plus fréquemment, le photovoltaïque, lui, pouvait fonctionner en pleine capacité !

Carte des sites des centrales nucléaires

                                              Source: business-herald.com

Les recommandations du rapport

  • Réduire le coût du financement : Utiliser le Livret A, en effet, en réduisant les taux d’intérêt appliqués, cela permettrait d’abaisser le coût global des projets, en particulier pour les installations les plus compétitives et donc de grande taille. (Recommandation n°6)
  • Favoriser les contrats de long terme et sécuriser les acteurs du photovoltaïsme : Encourager le développement des contrats d’achat direct d’électricité (Recommandations n°7 et n°8)

  • Supprimer les guichets ouverts et l’obligation d’achat : « La fin du guichet ouvert et du rachat du surplus correspondant à ces installations de petite taille n’aurait aucun effet sur la sécurité d’approvisionnement de notre pays, bien au contraire si la mesure permet de déplacer, grâce au stockage dans une batterie, de l’injection sur les réseaux pendant le pic solaire vers de l’autoconsommation pendant les heures où le prix est plus élevé » (Recommandation n°10)

  • Levée de la limite des 17MW : « On observe, en particulier pour le photovoltaïque, une spirale déflationniste sur le prix de marché de référence M0, qu’on nomme aussi cannibalisation, un phénomène qui renchérit la dépense en CSPE. Nous recommandons donc de mettre en œuvre un nouveau mode de calcul de M0, à savoir un prix de marché identique pour toutes les filières, moyenné sur chaque mois en éliminant les prix négatifs » ; De plus, avec la montée en puissance du stockage, la limite de 17 MW pour la somme des puissances respectives injectables depuis les ENR et les batteries  n’aurait plus de sens (Recommandation n°15)
  • Généraliser progressivement les appels d’offres « neutres » : « L’appel d’offres technologiquement neutre (c’est-à-dire ne spécifiant pas la technique de production) peut permettre de dévoiler un ordre de mérite reflétant un optimum économique pour le soutien public si les différentes filières sont mises en situation de compétition homogène » (Recommandation n°14) et ainsi privilégier fortement les installations de grande taille (Recommandation n°31)

  • Simplifier le raccordement : Baisse progressive des taux de réfaction et optimisation des files d'attente en supprimant la notion de "premier arrive, premier servi" (Recommandation n°35)

A noter

  • Les énergies renouvelables contribuent au budget de la collectivité, principalement via les emplois qu’elles créent, générateurs de cotisations sociales et d’impôt sur le revenu.
  • L’Imposition Forfaitaire sur les Entreprises de Réseau (IFER) crée des recettes proportionnelles à la capacité installée à destination des collectivités locales.
  • Il est estimé qu'entre 2010 et 2024, les installations photovoltaïques réalisées avant le moratoire a coûté 20 Md€ à l'Etat, alors que le photovoltaïque construit après le moratoire lui a rapporté 3,4 Md€ 

Rappels

  • Le coût de l'EPR de Flamanville a été évalué à 23.7Mds€ : Pour obtenir une rentabilité de 7 %, cela supposerait un prix de vente d’au moins 155 €2015/MWh, soit 176 €2023/MWh
  • Le coût des 6 EPR programmés est "normalement" de 72.8Mds€ (€ de 2020) soit plus de 12Mds€/EPR
  • Le coût d'un SMR est évalué à 1Md€ (petit réacteur nucléaire)
  • Le programme de construction des six réacteurs s’étalant sur 20 ans environ, le besoin d’investissement annuel correspondrait, sur la base du devis provisoire, à un ordre de grandeur de l’ordre de 3,64 milliards d’euros par an.
  • La modernisation du réseau électrique français (RTE) et adaptation à la production renouvelable (2022-2040) : 100Mds€ dont 37Mds pour l'éolien en mer
  • La modernisation du réseau public de distribution d’électricité (Enedis) et création d’une nouvelle capacité d’accueil pour les énergies renouvelables (2022-2040) : 96Mds€ (dont 53Mds€ liés à la transition énergétique et 10Mds€ liés au raccordement des ENR)

Conclusions

  • Les EnR qui participent à un maillage de production d'électricité plus décentralisé et de proximité va s'orienter vers des installations plus importantes et ceci en contradiction avec la loi APER, par exemple, donnant obligation d'installer des ombrières de parking... 
  • Les EnR sont tenues pour responsables des investissements à réaliser pour RTE et Enedis alors que les réseaux, à bout de souffle, ont besoin de rénovations importantes, d'autant plus que la construction d'autres réacteurs nucléaires et de grands champs solaires nécessiteront d'énormes frais de raccordement. Il en est de même pour les frais de raccordement au réseau européen qui sont imputés à la France alors que ce sont nos voisins qui bénéficient de notre production électrique
  • Les énergéticiens devront coupler des parcs de batteries aux installations des EnR afin de rentabiliser le prix de vente de l'électricité dont le principal bénéficiaire est EDF qui ne réalisera pas ces investissements

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