Quel mix énergétique faut-il privilégier ?

Publié le 7 mai 2026 à 18:00
Barrage hydroélectrique

      Barrage de Serre-Ponçon 352MW construit en 1959, lac de retenue de 28.2km²                                    Source : Connaissance des énergies d'après RTE

Energie d'origine nucléaire, éolienne, solaire, hydraulique, fossile ?

Plusieurs paramètres sont à prendre en compte : L'indépendance énergétique, la décarbonation de la production, le coût au MWh, la flexibilité de production, les délais de construction, la durée de vie des installations et le réseau électrique bien sûr. Faisons une évaluation par points.

Commençons par l'indépendance énergétique:

Il est clair que les énergies fossiles ainsi que l'uranium sont importés pour faire fonctionner nos centrales thermiques ou nucléaires ; nucléaire 4ème : 4 points; eau, vent et soleil : 1pt

La décarbonation : Nucléaire et hydraulique en tête, énergies fossiles hors-jeu

Les chiffres donnés ci-dessous prennent en compte l'extraction des minerais jusqu'au démantèlement total et le recyclage, ces chiffres sont contestés mais correspondent peu ou prou à la réalité, ils ont été établis sur les 10 dernières années

- Nucléaire : 4 à 6gCO2/kWh (1pt)

- Hydraulique : 5 à 6gCO2/kWh (2pt)

- Eolien : 12gCO2/kWh (3pt)

- Solaire : 45gCO2/kWh (4pt)

- Gaz : 227gCO2/kWh

- Fioul : 324gCO2/kWh

Il est évident que le nucléaire et les EnR sont les moins impactant, mettons donc hors-jeu les énergies fossiles. 

Le coût au MWh produit : Solaire et hydraulique en tête, nucléaire et éolien maritime perdants

- Nucléaire : 115€/MWh (Estimation EPR2) (4pt)

- Hydraulique : 30€ à 90€ pour les grandes installations et de 40€ à 200€ pour les plus petites (2pt)

- Eolien terrestre : 60€/MWh   Eolien en mer : 110€/MWh (3pt)

- Solaire : 42€/MWh (1pt)

L'éolien maritime, comme le nucléaire sont les moins performants.

Flexibilité : Hydraulique et nucléaire en tête, éolien et solaire perdants sauf si ...

- Nucléaire : Très peu ajustable, les centrales aiment ronronner ; mais elles font le tampon malgré tout en absorbant les "chocs" dus aux EnR (2pt)

- Hydraulique : on ouvre ou on n'ouvre pas ou encore plus ou moins les vannes : flexibilité totale (1pt)

- Eolien : Dépendance totale au vent, la régulation est quasi impossible sauf en déconnectant les parcs (3pt)

- Solaire : Dépendance à l'ensoleillement, la régulation est quasi impossible, comme pour l'éolien (3pt)

Eolien et solaire sont perdants car on ne peut pas réguler ni le vent, ni le soleil et sont peu performantes l'hiver, surtout pour le solaire. Ces 2 sources d'énergie seraient modulables si on stockait l'électricité produite

Les délais de construction : Solaire et éolien en tête, hydraulique et nucléaire perdants

Les chiffres ci-dessous ne tiennent pas compte des différents délais administratifs

- Nucléaire : Pour un EPR2, le délai de construction visé est de 6 ans pour le chantier (4pt)

- Hydraulique : Actuellement, il faut compter également 6 ans (3pt)

- Eolien : Pour un parc, il faut compter 2 ans (2pt)

- Solaire : 8 à 10 mois pour un parc au sol (1pt)

Nucléaire et hydraulique perdants, ce sont des infrastructures lourdes à mettre en place

Durée de vie des installations : Hydraulique et nucléaire en tête, solaire et éolien perdants

- Nucléaire : Pour un EPR2, on vise 60 ans (2pt)

- Hydraulique : Entre 50 et 100 ans, voir plus (1pt)

- Eolien : 20 à 30 ans (4pt)

- Solaire : Objectif de 40 ans (3pt)

Les barrages ont une durée de vie bien supérieure aux autres centrales. L'avantage du solaire, à l'inverse des autres, est que l'on peut renouveler le parc sans gros démantèlement en changeant simplement les panneaux.

Réseau électrique : Aucun gagnant, aucun perdant

Chaque type de production va générer des infrastructures réseau. Les centrales nucléaires, moins nombreuses, vont obliger la construction d'un réseau THT important pour répartir sur le territoire par la suite alors que les autres centrales vont demander des modifications locales car elles sont moins puissantes et plus réparties sur le territoire. Ce sont les interconnexions entre pays qui seront les plus impactantes.

Conclusion : Solaire grand gagnant, suivi de l'hydraulique, le nucléaire reste au pied du podium

- Nucléaire : 15 points

- Hydraulique : 10 points

- Eolien : 13 points

- Solaire : 9 points

Raisonnement peut-être simpliste, mais qui a le mérite d'interroger.

Quel chemin prendre ?

Aucune solution à elle seule n'est la panacée, mais miser sur un seul cheval est risqué : Une diversification est souhaitable pour maintenir le cap de la décarbonation et aussi pour maitriser notre indépendance énergétique. Chaque type de source de production a ses contraintes mais aussi ses avantages sauf bien sûr celles issues des énergies fossiles.

En nous affranchissant des énergies fossiles, "stock" d'énergie avant transformation, nous devons trouver le moyen de stocker, à l'inverse, l'énergie produite.

Le stockage à long terme : Là est réellement le vrai défi

Quelles politiques sont adoptées ?

L'Union européenne se dirige vers une solution hybride

L’UE relance le nucléaire après des années de désinvestissement notamment en Allemagne où les centrales nucléaires sont toutes arrêtées. La France, la Pologne, la Finlande et la République Tchèque, par exemple, empruntent la voie du développement du nucléaire ; tandis que d'autres pays comme l'Allemagne, l'Autriche ou le Danemark, entre autres, s'orientent vers l'hydrogène et les EnR. L'Europe cherche avant tout un équilibre complexe à trouver entre souveraineté énergétique, neutralité carbone et financement.

La France mise sur le nucléaire

La France a misé de longue date sur le "tout nucléaire" ; la première centrale date de 1955 à Marcoule (expérimentale) et Chinon est mise en service en 1967. Depuis, la France possède le 2ème rang du nombre de centrales nucléaires derrière les USA, mais devant la Chine.

En 2025, nous avons produit 68.1% de notre électricité grâce au nucléaire et 26.5% grâce aux EnR (hydraulique, éolien et solaire confondus). Il est prévu de construire 6 nouveaux EPR2, plus des SMR. (Source RTE)

En même temps, les EnR prennent un coup de frein :

- Les particuliers ne revendent plus leur électricité qu'à 0.01€/kWh de surplus à EDF alors qu'il est facturé à 0.1940€/kWh en tarif de base

- Le guichet ouvert est "tombé" et tous les dossiers de fortes puissances, à partir de 100kWc, sont soumis à appel d'offres 

- L'éolien en mer est privilégié par rapport à l'éolien terrestre

- Le solaire au sol est privilégié par rapport aux installations en toiture

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